Therapiesquantiques

COMPRENDRE LA GUERISON SPIRITUELLE - guérisseurs philippins


Jean-Dominique Michel


COMPRENDRE LA GUERISON SPIRITUELLE

Rencontre avec les guérisseurs philippins

Entretien avec Vicky de Paola – avril 2008



Vicky de Paola : Jean-Dominique Michel, vous être socio-anthropologue, coach
professionnel, cinéaste, enfin il y a beaucoup de casquettes sur votre chef…
Parmi ces différentes casquettes vous êtes aussi guérisseur, alors c’est quoi être
guérisseur ?

Jean-Dominique Michel : Dans mon cas, c’est un intérêt qui s’est construit en parallèle de
mes autres activités tout au long de mon parcours. Si je devais chercher un dénominateur
commun entre ces différentes casquettes, comme vous dites, c’est probablement dans la
question de l’évolution qu’il se trouverait. C’est vraiment le grand sujet qui m’a toujours
fasciné. Comment comprendre ce qui permet à un individu, une organisation ou une société
d’évoluer d’une manière favorable à un moment donné, quels sont les facteurs qui
permettent une telle évolution ou au contraire emprisonnent dans les blocages, les maladies
et les dysfonctionnements, voilà la grande question qui m’a toujours passionné.

En tant que socio-anthropologue spécialisé dans les questions de santé, l’univers des
guérisseurs m’a aussi toujours fasciné, avec ce qu’il pouvait avoir de mystérieux et de
« surnaturel ». En même temps, j’ai toujours eu l’intuition que ce qui s’y déroulait était très
probablement beaucoup plus naturel que surnaturel, et que ces guérisseurs, qui obtiennent
souvent des résultats étonnants, devaient avant tout avoir acquis une certaine maîtrise des
processus de changement.

L’intérêt pour la guérison est ainsi quelque chose qui a émergé de mes voyages, notamment
de mes rencontres avec les guérisseurs. Au départ, c’était pour moi un objet de recherches
et d’études. J’ai donc travaillé avec des guérisseurs un peu aux quatre coins du monde, et
tous avaient la particularité de me dire : « mais vous aussi vous possédez un don particulier,
il faut que vous en fassiez quelque chose… »

Ce n’était vraiment pas quelque chose que j’avais planifié au départ, mais à force de me
l’entendre dire, je me suis dit : « et si c’était vrai… » Certains d’entre eux m’ont encouragé à
me former aux pratiques qu’ils utilisaient, donc j’ai commencé à expérimenter et
effectivement j’ai eu des résultats ainsi qu’un réel plaisir à le faire.

Ma compréhension est aujourd’hui un tout petit peu plus large, je crois qu’en fait l’aptitude à
soigner l’autre est quelque chose de très naturel chez l’être humain, comme peut l’être le fait
de rire, de chanter ou de respirer… C’est vrai que certaines personnes ont cette aptitude-là
plus développée que d’autres, tout comme certaines personnes ont un sens musical plus
développé. Pour rester dans cette comparaison, tout le monde est à peu près capable de
chantonner un air de musique, certains deviennent musicien de fanfare, d’autres musicien
d’orchestre, et il y a finalement quelques personnes très douées qui deviennent solistes,
compositeurs ou chefs d’orchestre. Mais l’aptitude à faire du bien, par les mains, par
l’attitude, par la présence est quelque chose qui existe en définitive chez tout le monde à des
degrés divers.

Et mes activités professionnelles sont tout sauf celles d’un guérisseur. J’ai exploré ce
domaine, j’utilise parfois des pratiques de cette nature quand on m’en fait la demande et que
c’est adéquat, mais je travaille aujourd’hui essentiellement comme coach pour particuliers
(ce que l’on appelle le Life Coaching) ainsi que comme coach en entreprise.


VdP : Vous parlez d’aptitude à soigner, alors par quel biais vous passez, vous,
lorsque vous pratiquez ?

JDM : Avec les particuliers, je pratique avant tout une forme de coaching d’évolution axé sur
la compréhension de soi et le développement personnel, mes outils principaux étant la
mémothérapie et le décodage biologique.

Mais j’utilise donc aussi parfois, notamment quand l’objectif d’évolution de la personne qui
vient me voir a trait à sa santé, certaines pratiques de guérison. Il y a beaucoup de
techniques qui se sont développées récemment en Occident en la matière, notamment aux
Etats-Unis où les infirmiers, dans le cadre de leur formation, ont accès à des techniques
comme le Therapeutic Touch, le « toucher thérapeutique », Quantum Touch, le « toucher
quantique » ou encore le Reiki. L’idée est simplement que, pour une personne en souffrance,
le fait d’être accompagnée par quelqu’un à côté d’elle à travers une attitude bienveillante,
neutre, non intrusive, supportive et aimante est de toute manière thérapeutique en soi.
Après, toutes les cultures au monde sauf peut-être la nôtre (mais même chez nous, la
plupart des gens y croient) partent aussi du principe qu’il existe une énergie vitale qui nous
parcourt, qui est une espèce de carburant auquel fonctionne l’être humain, et que la cette
énergie vitale peut-être mobilisée puis transférée d’une personne à l’autre. On appelle ça le
« Prana » le « Chi » le « Mana » enfin chaque culture a ses mots pour le décrire, et
effectivement, dans le cadre d’une relation de guérison ou thérapeutique par le toucher il y a
aussi des phénomènes de cet ordre qui se passent très probablement.


VdP : Donc vous avez cité différents types de pratiques, parmi elles, j’ai entendu
parler de chirurgie psychique, ou opérations spirites… De quoi s’agit-il
exactement, on en trouve des images assez spectaculaires sur internet qui sont
souvent peu contextualisées… Comment est-ce que vous, vous pouvez
contextualiser cette pratique spécifique-là ?

JDM : Peut-être de deux manières. D’abord la chirurgie psychique c’est une pratique
chamanique. Le chamanisme c’est cette relation au monde et à l’univers que l’on retrouve
dans toutes les sociétés archaïques et qui postule que le plan de réalité terrestre matériel
(qui est finalement à peu près le seul que l’on connaît en Occident) n’est qu’un reflet de ce
qui se passe dans d’autres ordres de réalité. Quand il y a un problème dans la réalité
concrète, il faut aller travailler dans l’autre plan de réalité pour le corriger. Les cultures
chamaniques ont prévu tout un ensemble de rituels souvent assez spectaculaires pour palier
aux différentes situations de difficultés et notamment de maladies. Le chaman va donc
entrer en transe, il va appeler des alliés de l’autre monde à sa rescousse et puis il va poser
des actes magiques extraordinaires dans le cadre d’un rituel de guérison.


VdP : Des alliés de l’autre monde, des esprits ?

JDM : Oui… Selon les cultures, ce pourront être des animaux-totem, des esprits tutélaires,
des ancêtres, ou (et c’est le cas aux Philippines) des saints, des anges, des archanges, enfin
des êtres de lumières qui existent dans cette autre réalité et que l’on ne peut pas voir dans
le plan terrestre. Cette façon de voir est très universelle et je me suis donné l’autorisation de
l’explorer sans avoir à savoir si j’y croyais ou non !

En tant que coach et thérapeute, c’est la manière dont ces croyances et ces rituels peuvent
déclencher et soutenir des processus d’évolution qui m’intéresse. Et en tant
qu’anthropologue, j’ai appris à prendre connaissance des croyances d’autres cultures sans
me sentir obligé de prendre position ou de les juger !


VdP : Aux Philippines, parce que vous vous êtes formé là-bas, c’est juste ?

JDM : Ma rencontre avec la tradition philippine est partie d’une expérience personnelle. Je
souffrais d’une double hépatite virale héritée de mes voyages et cela me posait évidemment
un gros problème de santé, de fatigue. Comme c’était quelque chose qui n’était pas
guérissable par la médecine occidentale, j’ai essayé d’autres méthodes, et je suis tombé sur
un guérisseur philippin Alex Orbito, le plus célèbre des guérisseurs philippins actuellement
en exercice. En deux opérations de chirurgie psychique, Orbito m’a guéri définitivement de
ces hépatites virales, ce qui est considéré comme impossible par la médecine occidentale.

C’est suite à cette expérience de première main, qui s’est produite dans ma chair, que je me
suis dit qu’il y avait vraiment quelque chose à aller voir et à comprendre. Je me suis rendu à
de nombreuses reprises aux Philippines depuis. Lors de mon premier voyage, Alex Orbito m’a
affirmé que j’avais les mêmes aptitudes que lui, que c’était une situation très rare et il m’a
invité à me former dans sa tradition. J’étais évidemment interloqué par cette affirmation,
mais je me suis dit qu’il y avait une occasion unique d’explorer cette tradition tellement
célèbre et tellement controversée !

La méthode de l’anthropologie, qui est ma discipline scientifique au départ, est l’observation
participante : on cherche à observer les phénomènes non pas de l’extérieur en restant
séparé d’eux, mais en s’appliquant à les vivre de l’intérieur, en mettant pour ainsi dire la
main à la pâte… Je me suis donc exercé aux rituels qu’ils pratiquent, je suis rentré en
transe, j’ai fait de l’écriture automatique, j’ai fait des retraites dans des grottes, j’ai fait des
jeûnes avec des quêtes de vision, et j’ai appris également leurs pratiques de guérison. Donc
c’est une tradition que je connais particulièrement bien pour m’y être immergé, même si on
ne peut pas changer de culture et que je suis malgré tout toujours resté un Occidental
expérimentant cet univers étranger.

Mais cette étrangeté est tempérée par le fait que les principes sur lesquels elle fonctionne
sont des principes que l’on retrouve dans de nombreuses cultures et dans beaucoup de
traditions différentes, y compris la nôtre si on cherche bien… Là elles sont juste à une sauce
philippine et notamment chrétienne, c’est un chamanisme chrétien parce que les Philippines
sont le seul pays chrétien d’Asie, c’est un pays très fervent et religieux, donc là-bas ça a
cette couleur particulière.


VdP : Donc, patient avant d’être praticien, mais praticien de chirurgie spirite,
qu’est-ce que cela veut dire ?

JDM : Je ne me qualifierais en tout cas pas comme un praticien de chirurgie spirite ! La
chirurgie psychique c’est, je dirais, dans les rituels de guérison qui sont utilisés là-bas, le
rituel le plus médiatisé, le plus spectaculaire où effectivement on voit des guérisseurs en
transe entrer dans le corps humain à mains nues et retirer des bouts de tissus sanguinolents
qui sont censés être la matérialisation des énergies négatives que l’on retire du corps. Mais il
s’agit d’une pratique inscrite dans un univers de sens, culturel et symbolique, et cela n’aurait
simplement pas de sens de la reproduire ici telle quelle. Et puis tout leur système
thérapeutique est enraciné dans la question de la foi, et notamment dans la foi aux
« miracles », ce qui évidemment n’a à nouveau pas le même sens ici…


VdP : Entrer dans le corps humain à mains nues, cela veut dire quoi ?

JDM : Mettons que c’est la description extérieure de ce que l’on observe. C'est-à-dire que
quand un guérisseur philippin pratique une opération de chirurgie psychique, on voit ses
mains pénétrer dans le corps du patient, du sang se mettre à couler et des substances être
retirées. Maintenant, il faut vraiment préciser, parce que c’est essentiel, que ces
phénomènes ne sont pas à lire à l’aune de la vision scientifique matérialiste occidentale de la
réalité, et notamment du corps biomédical. Je ne crois pas que l’on puisse dire que les
guérisseurs entrent réellement les mains dans le corps des patients au sens biophysique du
terme, même si c’est ce que l’on semble observer.

Par contre, ils pratiquent des rituels de guérison dans lesquels des phénomènes
extraordinaires, surréels peuvent se produire, et ces rituels ont un effet très fort sur la
capacité de guérison des personnes qui les reçoivent. Cela a été mon expérience puisque je
me suis guéri de l’hépatite virale de cette manière : quand on reçoit une opération de
chirurgie psychique, on ressent une sorte de décharge d’énergie impressionnante qui produit
un réaménagement soudain du champ de conscience. On entre dans un état étonnant de
sérénité intérieure, de vision autre de la réalité et de sa propre réalité. C’est comme si une
sorte d’humilité confiante s’installait qui relativisait notre prétention à avoir un avis sur tout,
à entrer en conflit avec le monde et les autres et à vouloir diriger nos vies depuis notre
mental.

Et tout d’un coup, ce qui apparaissait comme impossible, par exemple la guérison dans une
situation où l’on ne peut pas guérir, peut éventuellement se produire. Donc pour moi, la
chirurgie psychique ce n’est pas comme si un chirurgien opérait avec un scalpel, on est dans
un autre plan de réalité, on est dans un registre symbolique et énergétique. Le corps
physique est concerné évidemment, mais en comme conséquence du travail qui se déroule à
un autre niveau. Par contre, il est important d’observer que ces pratiques ont une forme
d’efficacité thérapeutique absolument indiscutable et qui dépasse de beaucoup l’effet
placebo.


VdP : Mais on voit pourtant du sang sur certaines images, on taille de la chair, il y
a du sang qui coule, il y a quand même bien quelque chose qui se passe au niveau
physique ?

JDM : Je sais que c’est une réponse qui va peut-être être insatisfaisante, mais pour un
anthropologue, elle est très évidente. Ce qui se passe à un endroit du globe terrestre dans
un système de croyances, à l’intérieur d’une culture qui a une certaine vision des choses, ne
peut pas être lu selon la grille de lecture d’une autre culture. Vous ne pouvez pas arriver
avec un esprit suisse, méticuleux, précis, matérialiste et une montre au poignet dans le
système de temps des indiens d’Amazonie, ça n’aura pas juste de pertinence par rapport à la
réalité que les gens vivent.

Des rituels d’extraction du mal existent dans de nombreuses cultures chamaniques et
fonctionnent selon le même scénario : le guérisseur extrait du corps l’énergie qui provoque la
maladie et parvient parfois à lui faire prendre une forme matérielle. Ce pourra être un
minéral, un bout d’os, de la matière organique, que le chaman brandira pour montrer que le
mal a bel et bien été retiré du corps. Il est vrai qu’aux Philippines, ces rituels de guérison
mettent en scène une effraction du corps au moyen des mains comme si une opération de
chirurgie était pratiquée…

Maintenant, il y a deux lectures possibles de cette réalité : la première c’est que c’est un
rituel symbolique de guérison, un peu comme un super effet placebo, dans une mise en
scène réalisée pour impressionner l’esprit du patient. La matérialisation dans cette
compréhension est un support dans lequel le guérisseur « ligature » énergétiquement le mal,
qu’il double d’une démonstration visant à stimuler le système de croyances du patient. Un
tel dispositif ne peut qu’avoir inévitablement une efficacité en soi, même si ces opérations ne
sont pas « réelles » au sens courant du terme.

Et puis une autre lecture possible, c’est de dire que ces guérisseurs, qui vivent dans une
autre réalité que nous et travaillent sur d’autres bases que les nôtres, ont accès à des choses
différentes de nous. Et que, même si on ne les comprend pas encore, ces opérations existent
peut-être bel et bien en tant que telles, je dirais dans une autre dimension de la réalité.

Moi-même qui ai travaillé 10 ans avec les guérisseurs spirites des Philippines, j’ai en toute
franchise beaucoup oscillé entre les deux explications, à cela près que précisément mon
travail d’anthropologue n’est pas de porter de jugement sur les choses. Aujourd’hui ma
conviction penche clairement vers la deuxième hypothèse, aussi incroyable qu’elle puisse
paraître. Mais cette conviction est secondaire.

L’important est de pouvoir aborder cette pratique de santé précisément en tant que pratique
de santé, de s’intéresser à ce qu’elle met en jeu et ce qu’elle produit, et notamment ce qui
fonde son efficacité, que les opérations soient « réelles » ou « imagées ».


VdP : Est-ce que c’est cette objectivité-là qui vous a permis d’avoir accès à
certaines connaissances de la tradition spirite philippine ?

JDM : Je crois qu’une chose qu’il est important de préciser, c’est que ce avec quoi travaillent
les guérisseurs philippins n’est pas très fondamentalement différent de ce que l’on connaît
ici. Aujourd’hui on a des pratiques de soins énergétiques comme le Reiki ou le Quantum
Touch, on a la sophrologie et l’hypnose, on a des pratiques de médiumnité ou de
« channeling », enfin on a toutes sortes d’approches qui existent dans notre société et qui
sont largement diffusées. Les Philippins ne travaillent pas avec autre chose, même si cela a
chez eux une couleur différente et qu’ils ont porté certaines de ces techniques à des niveaux
très élevés…

Comme on est là-bas dans un pays très pauvre, dans lequel on n’a pas ou très peu recours à
la médecine ou à l’hôpital simplement parce que cela n’existe pas ou que c’est hors de prix
pour des catégories entières de la population, ils ont du apprendre à se soigner autrement
qu’avec des médicaments et un médecin. Il y a donc eu une emphase par nécessité sur le
fait d’avoir des rituels de guérison qui soient efficaces et opérants. Les différents courants
religieux des Philippines (les spirites ne constituent qu’une toute petite minorité) ont tous
leurs rituels de guérison.

Les Philippines sont un pays extrêmement fervent, extrêmement religieux, extrêmement
superstitieux à bien des égards et où la logique n’est pas du tout construite de la même
manière qu’en Occident. Quand tout à coup il y a un pneu crevé sur une voiture au bord
d’une route, on voit que le processus mental par lequel ils traitent cette situation n’a rien à
voir avec ce que ferait un Suisse ou un Allemand. On est vraiment dans une autre logique,
qui peut même nous apparaître par moment comme une absence de logique. Mais cette
absence de logique, en même temps, créée des ouvertures au niveau de la conscience, des
opportunités, une sensibilité à certaines choses.

Ayant rencontré ces gens dans leur contexte, le fait que moi-même je ne sois pas
emprisonné dans des schémas rigides (et notamment que la question de la « réalité » des
opérations m’ait assez peu importé) a certainement favorisé la qualité de nos échanges.

Les guérisseurs spirites des Philippines se sont souvent sentis blessés que leur sincérité ait
été mise en cause, à travers des affirmations selon lesquelles ils exploiteraient la crédulité
des gens pour faire de l’argent avec des procédés frauduleux… L’arrivée massive
d’Occidentaux malades dans les années ’70 a certes entraîné des cas de fraude et d’abus. On
a vu alors apparaître de faux guérisseurs qui ont exploité ce filon.

Mais la sincérité des authentiques guérisseurs ne fait pour moi aucun doute. Ce sont des
personnes profondément engagées dans leurs pratiques religieuses, qui souvent n’en retirent
aucun bénéfice, bien au contraire, puisqu’ils sont assez mal perçus dans la population
philippine en général et vivent pour la plupart des existences modestes.

Les rituels de guérison dont on parle sont des pratiques de soins qu’ils utilisent entre eux.
Donc quand l’un d’eux est malade, il va chez le guérisseur qui fait une opération de chirurgie
psychique ou un traitement de magnétisme curatif en espérant que ça le guérira.

J’ai donc toujours ressenti du respect pour ces gens. Et c’est vrai que ma discipline
scientifique m’a formé à pouvoir aborder ce type de réalité sans tout de suite chercher à
plaquer un jugement de valeur définitif sur la « réalité » ou non de ce qui est pratiqué.
D’ailleurs les Occidentaux sont très critiqués à travers le monde du fait de cette prétention à
détenir la vérité, à pouvoir dire de manière ultime ce qui est vrai ou ce qui n’est pas vrai, ce
qui est finalement très arrogant. Quand un sorcier de la forêt amazonienne vous dit qu’il sait
que telle plante a cet effet parce que la plante le lui a dit, qui est-on pour dire que cela
n’existe pas ? Peut-être que dans notre réalité ça n’existe pas mais peut-être que dans la
leur ça existe…

VdP : Vous vous êtes formé aux Philippines à une pratique traditionnelle,
aujourd’hui vous êtes de retour à Genève où vous pratiquez aussi la guérison.
Comment avez-vous réussi à transposer finalement ces connaissances-là dans ce
monde occidental que vous décrivez un peu imperméable à certaines
croyances entre guillemets ?

JDM : Je m’inspire de ce que j’ai appris là-bas, notamment en ce qui a trait aux interventions
d’énergie, c’est-à-dire la mobilisation consciente de l’énergie pour dégager certains blocages
et favoriser l’évolution de certains états morbides. Mais dans mon parcours personnel j’ai
aussi investigué toutes sortes de différentes disciplines thérapeutiques à la fois occidentales
et exotiques, parmi lesquelles l’ostéopathie, la psychanalyse, les thérapies groupales, le
chamanisme, la systémique, plus récemment le décodage biologique et la mémothérapie
donc comme beaucoup de thérapeutes aujourd’hui, je me suis frotté à beaucoup de
techniques différentes…

Evidemment que la question de la « guérison spirituelle » reste encore un peu sulfureuse en
Occident, entre autres à cause de nombreux mauvais exemples existant en la matière. Mais il
ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain ! Ce n’est pas parce qu’il y a eu certaines
dérives, des dérives sectaires par exemple ou bien des guérisseurs un peu fanfarons qui
prétendent pouvoir guérir tout et n’importe quoi, qu’il faut rejeter a priori toutes les
pratiques de cette nature. D’ailleurs, mêmes les esprits rationnels et cartésiens n’hésitent pas
à aller voir des rebouteux ou s’adresser à ceux qui ont le « secret » contre les brûlures en
cas de besoin, et ils ont bien raison ! J’ai en ce qui me concerne préféré investiguer cet
univers pour pouvoir le comprendre et en retirer ce qui peut être utile plutôt que d’avoir des
préjugés dans l’un sens ou dans l’autre.
J’ai ensuite effectué ma propre synthèse pour pouvoir aujourd’hui, dans le cadre de mon
activité de coach et de thérapeute, mettre à disposition des gens qui le souhaitent différents
outils pour leur permettre d’évoluer là où ils ont envie d’avancer dans leur vie. Mon
expérience est effectivement qu’il est très utile de pouvoir associer aux soins énergétiques
une approche de décodage, donc de recherche du sens des difficultés que l’on vit …


VdP : Au niveau de la maladie ?

JDM : Oui, au niveau de la maladie ou de problèmes de comportement. Vous avez des gens,
par exemple, qui sont chroniquement bloqués dans leurs affaires sentimentales, qui passent
d’une mauvaise histoire à une mauvaise histoire… Eh bien cela peut induire une souffrance
très vive dans la durée. Vous avez des personnes qui matériellement et financièrement
n’arrivent jamais à construire un semblant de prospérité ou d’abondance, ça génère aussi
beaucoup de souffrance. Donc, le décodage peut s’appliquer à des maladies, mais peut aussi
s’appliquer à des difficultés récurrentes de vie.

Et mon expérience est que combiner une approche de décodage, c’est-à-dire de réflexion, de
conscience de soi et de compréhension des choses, à des interventions énergétiques telles
que j’ai pu les apprendre aux Philippines est particulièrement efficace. Donc c’est vrai que
cette combinaison là m’intéresse, mais aussi parce que l’être humain n’est pas une machine
rationnelle, c’est un être de sentiments, de croyances, de fantasmes, d’inconscient. Je crois
que les rituels de guérison parlent beaucoup à l’inconscient et permettent des guérisons très
profondes, là où un seul travail conscient et rationnel ne suffirait pas.


VdP : Vous assistez aussi Alex Orbito lors de ses venues en Suisse ?

JDM : Oui. Alex Orbito vient deux fois par année à Genève prodiguer des soins. Depuis
certaines difficultés qu’il a eues en Italie, il ne pratique plus la chirurgie psychique hors des
Philippines. Il dispense des soins spirituels, mais qui sont d’une efficacité tout à fait
comparable.

VdP : Il est enregistré en Suisse ?

JDM : Oui, il est inscrit au Registre des thérapies complémentaires auprès de la Direction
Générale de la Santé du canton de Genève. Sa venue est tout à fait légale. C’est vraiment
une chose très positive à mes yeux que les pratiques thérapeutiques des différentes cultures
puissent simplement être rendues accessibles aux gens qui en ont envie. J’ accompagne moi-
même Alex Orbito depuis 10 ans. Je peux vous dire que c’est vraiment un guérisseur sincère
dans sa démarche et que l’efficacité de ses interventions est simplement étonnante, ce que
j’ai pu constater de manière répétée. Donc voilà en ce qui me concerne, je suis très heureux
que cette mixité existe aujourd’hui parce que je suis convaincu qu’elle peut être utile à bien
des gens.


VdP : Cela fait penser à quelque chose d’un petit peu miraculeux au niveau
médical, en ce qui concerne l’espoir de certaines guérisons. Est-ce qu’il n’y a pas
une zone de risque à mettre un voile de miracle là-dessus ?

JDM : C’est effectivement une très bonne question et le risque en l’occurrence, consisterait à
faire miroiter aux gens qu’ils peuvent en trois coups de cuillère à pot se faire guérir d’une
maladie grave par Alex Orbito ou je ne sais qui. Et évidemment que quelqu’un qui est
désespéré par sa situation de santé est particulièrement à risque de nourrir ce genre
d’illusion. Maintenant, la réalité est que même dans les cas de maladie incurable, il existe des
rémissions spontanées inexplicables, des cas de guérison miraculeuse. Je crois que c’est
important à cet égard de tenir un discours qui soit vraiment honnête et rigoureux aux gens,
en reconnaissant que la guérison existe, qu’elle n’est pas impossible, mais que ce n’est pas
systématique non plus, que ça dépend d’un certains nombres de conditions. Le recours en
l’occurrence à un guérisseur peut aider comme ça peut ne pas avoir d’effet du tout.

L’éthique à mes yeux consiste à ne pas encourager les gens à entretenir d’illusions, mais en
même temps les laisser nourrir l’espérance qu’ils ont autre chose de possible comme devenir
que le verdict délivré par la médecine officielle. En cas de maladie dite incurable, celle-ci
affirme de manière péremptoire qu’il n’y a plus aucune chance, qu’il n’y a plus rien à faire,
que la personne n’a statistiquement plus que x mois à vivre et « démerdez-vous ! » Cela
finalement me semble tout aussi brutalisant sur le plan de l’être… Par contre il est vrai qu’il
faut se garder d’entretenir de faux espoirs et que là il y a une espèce de ligne de
démarcation assez subtile entre les deux. Il s’agit de rester ouvert quant au devenir de la
personne tout en l’aidant à s’approprier sa situation, quel que soit le sens dans lequel elle
puisse finalement évoluer. Mais cette posture, j’en fais l’expérience quotidiennement dans
ma pratique, est assez confortable pour les personnes malades.


VdP : Est-ce que cela sous-entend que la guérison spirituelle fonctionne mieux
sur certains que sur d’autres ?

JDM : Alors là oui, ça c’est une évidence. Les guérisseurs le disent eux-mêmes, puisqu’ils
refusent de prendre à leur compte le mérite des guérisons. Ils affirment ne pas avoir d’eux-
mêmes le pouvoir de guérir qui que ce soit. Ils disent aspirer simplement à être les
instruments d’une énergie spirituelle aimante qui cherche à aider les êtres humains dans leur
devenir. Ils font tout ce qu’ils peuvent pour canaliser cette énergie, mais après, le moment
de la guérison, c’est le moment d’une rencontre (dans leur langage, c’est comme ça qu’ils le
disent) entre le patient, le guérisseur et l’énergie spirituelle ou l’énergie divine. Et ils insistent
beaucoup sur le fait que le patient a une grande part à jouer dans sa propre guérison.

Il doit notamment comprendre que s’il est tombé malade c’est qu’il y a des choses
importantes à changer dans sa vie, il y a des choses à guérir, il y a des blessures du passé
dont il est porteur et qui, n’ayant pas trouvé à s’exprimer autrement, ont pris le chemin de la
maladie, pour pouvoir quand même s’exprimer sous forme de symptôme ou de pathologie.
Ils affirment donc qu’il y a toujours tout un travail d’évolution spirituelle et de pardon, de
réconciliation avec soi-même, avec sa propre histoire de vie et avec les autres pour pouvoir
entrer pleinement dans le processus de guérison. Celui-ci est bien plus vaste que la seule
guérison physique, qui est parfois possible et parfois ne l’est pas. Mais même sans guérir
physiquement, il est encore possible de connaître une guérison affective et spirituelle qui fait
toute la différence.

Cela dit, les résultats concrets des pratiques de guérison comme celle d’Alex Orbito ont été
évalués dans le cadre de quelques recherches, et là il faut dire que les résultats sont juste
sidérants. Jan Van Hemert, un professeur de médecine hollandais qui a étudié l’efficacité des
soins d’Orbito, est arrivé, en ne retenant que des cas de cancers incurables infaust, c'est-à-
dire sans plus aucun traitement médical disponible et avec une espérance de vie de l’ordre
de quelques mois, à un taux de guérison de près de 80 % sur 5 ans, ce qui est tout-à-fait
stupéfiant.

Ce qu’il convient de remarquer, c’est que le côté très controversé de cette pratique de soins
semble pour l’instant avoir empêché un examen rigoureux et approfondi des résultats
obtenus, puisque très rares ont été les études effectuées sur la question. Moi-même, je ne
suis pas médecin, donc je ne me sens pas la compétence de juger de la validité de ces
études.

Mais si ce que dit ce médecin hollandais est vrai, alors il serait vraiment urgent que l’on
investigue sérieusement les effets des traitements de cette sorte d’approche thérapeutique
et que nos facultés et nos hôpitaux s’ouvrent à la possibilité de la collaboration avec les
guérisseurs traditionnels. Simplement aussi parce que leur action ne va jamais contre les
traitements médicaux, et que les patients peuvent en retirer de réels bénéfices !


VdP : Alors justement, si c’est tellement efficace, Alexandre Orbito et vous-
mêmes vous devez crouler sous la demande ?

JDM : Alex Orbito est quelqu’un qui a dévoué sa vie à la guérison. Issu d’un milieu rural très
pauvre, il a eu la révélation de sa vocation à l’âge de 14 ans. Il a mis quelques années à
l’accepter, il avait plutôt envie de faire autre chose car les guérisseurs ne sont pas très bien
considérés aux Philippines et il rêvait d’une vie plus libre et plus insouciante. Mais après
certains avertissements du monde spirituel, raconte-t-il, il a fini par l’accepter. On estime
qu’il a soigné plus d’un million de personnes à ce jour dans le monde entier, toutes sortes de
gens dans toutes sortes de pays. Pour lui c’est vraiment une mission, il appelle ça son
« ministère de guérison », c’est la tâche qu’il a reçu du monde spirituel et il la met en oeuvre
depuis. Dans une vie au demeurant qui est beaucoup moins reluisante que l’on pourrait le
croire : Alex passe d’hôtels en hôtels dans des pays étrangers, loin de sa famille, et pour un
Philippin, être coupé des siens c’est quelque chose de difficile.

La vie d’Alex Orbito, quand on le fréquente d’un peu plus près, a aussi sa dose de tristesse
et de solitude, ce n’est pas du tout une espèce de croisière luxueuse comme on pourrait des
fois se l’imaginer de l’extérieur. Mais je crois que c’est vraiment important que des gens
comme lui, comme Joao de Deus au Brésil, existent, qu’ils montrent qu’un autre rapport à la
maladie, à la santé, un autre rapport au sens des choses existent, que les maigres choses
qui restent en Occident qui n’ont pas été dévastées par le matérialisme et la méthode
scientifique (qui ont beaucoup de qualités par ailleurs, mais qui ont beaucoup déshumanisé
le monde) valent la peine d’être investiguées.


VdP : Votre rôle à vous ?

JDM : Moi mon rôle, je le verrais plutôt comme celui d’un passeur. Je ne suis pas Alex
Orbito, je ne suis par un guérisseur philippin, et je ne pratique pas avec les mêmes outils ni
dans le même contexte ! Je suis avant tout un individu sincère qui a essayé d’explorer des
voies qui étaient peut-être peu explorées par les gens de sa culture, qui a trouvé un certain
nombre de vérités sur le chemin, et qui conserve plein de questionnements, Dieu merci !
Mais mon but est avant tout celui d’accompagner des personnes sur leur chemin le temps de
leur évolution vers la réalité qu’ils souhaitent, même si ce cheminement implique forcément
la notion de guérison. Il y a toujours des vieilles blessures à guérir pour évoluer dans la
direction souhaitée, inévitablement…

Ma préoccupation est celle de ramener l’humain et le sens de sa vie au centre du processus
thérapeutique, notamment avec les gens avec qui je travaille en thérapie, mais aussi quand
je communique autour de ce que j’ai découvert aux Philippines. Alex Orbito dit souvent « je
n’arrive pas à guérir tout le monde, des fois je ne peux pas guérir votre corps, mais soyez
certain que je travaille à guérir votre âme et votre esprit ». J’ai vu des gens partir, des gens
souffrant de maladies incurables en phase terminale, partir après des week-end de soins
dans une paix intérieure, dans une lumière, dans une réconciliation, dans un pardon qui
n’existaient pas quelques jours auparavant. Et là, même si en termes biologiques c’est un
échec, puisque la personne est morte, ce qui a été guéri au niveau de l’âme est tellement
profond et tellement important que l’on se dit que l’essentiel était bien là. Et moi, mon rôle,
modestement, en tant que chercheur, en tant qu’aventurier des processus d’évolution, c’est
celui peut-être de participer à ramener en Occident une tonalité que les gens portent au plus
profond d’eux-mêmes.

Même dans un cadre strictement professionnel, par exemple en entreprise ou en institution,
mon travail de coach porte toujours sur la question du sens des choses et de ce petit
supplément d’âme dont on a besoin pour se sentir inspiré, quels que soient le contexte ou
l’activité.


VdP : Vous êtes beaucoup en Occident à pratiquer les interventions d’énergie
comme aux Philippines ?

JDM : Oui, il y a beaucoup d’Occidentaux qui se sont formés aux pratiques de guérison aux
Philippines. Alex Orbito organise des séminaires 2 fois par an, il y a d’autres guérisseurs qui
enseignent également. Les niveaux de base du travail avec le magnétisme et avec l’énergie
spirituelle, c’est quelque chose auquel beaucoup d’Occidentaux ont eu accès. En ce qui
concerne les initiations d’un niveau plus élevé, évidemment non, ce sont des pratiques pour
lesquelles il faut certaines prédispositions au départ, il faut que certaines conditions soient
réunies…


VdP : C’est quoi ces niveaux plus élevés ?

JDM : C’est simplement des niveaux où des pratiques plus intenses sont utilisées,
notamment les états de transe. Après, la faculté de réaliser un certain nombre
d’interventions comme les opérations psychiques ou d’autres apparaissent parfois, et là, à
ma connaissance, actuellement il y a seulement 4 ou 5 Occidentaux qui ont eu accès à ces
niveaux là.


VdP : Donc vous êtes aussi finalement une sorte d’élu en quelque sorte ?

JDM : Franchement, cela serait extrêmement présomptueux et gravement narcissique de me
considérer comme un « élu » ! J’ai simplement eu l’opportunité d’explorer une tradition
étonnante et d’y faire des découvertes qui ont fait beaucoup de sens à mes yeux. Après,
c’est vrai que dans n’importe quel domaine d’activité, il y a des gens qui vont un petit peu
plus loin que les autres.

Mais mon travail est plutôt à mes yeux celui d’un passeur de sens, donc quand je donne des
conférences ou quand je présente des films autour de cette tradition, j’ai juste envie de faire
comprendre aux gens quelque chose qu’il est important qu’ils reconnaissent dans leur cœur
par rapport à ce qu’impliquent la santé, la maladie, la guérison, le développement spirituel.

Dans ma pratique thérapeutique, j’aide des gens à s’ouvrir à cela et à s’engager sur leur
propre chemin d’évolution, ce que Françoise Dolto appelait si à propos « accéder à son
propre désir ». C’est-à-dire apprendre à s’accepter tel que l’on est et se donner la liberté
d’aller vers plus de sincérité, de liberté intérieure, de présence à ce qui est en se guérissant
de la fatalité de la répétition des histoires douloureuses. C’est beaucoup plus important à
mes yeux que le côté spectaculaire ou fantastique de telle ou telle pratique.


VdP : Jean-Dominique Michel vous avez aussi parlé du guérisseur en tant que
canal, qu’est-ce que vous entendez par là ?

JDM : Cela a été une des grandes découvertes que j’ai faites dans les niveaux élevés
d’initiation que j’ai pu suivre aux Philippines. C’est qu’en fait, le schéma occidental typique où
on cherche à faire quelque chose, à mobiliser ses compétences pour obtenir un résultat, est
quelque chose qui s’inverse totalement à un niveau élevé des pratiques de guérison. Et que
finalement lâcher prise du fait de se sentir compétent ou non, lâcher prise du résultat que
l’on veut obtenir, est une espèce de condition préalable au fait de pouvoir laisser l’énergie
circuler en soi, et laisser advenir un certain nombre de phénomènes qui ne sont pas
maîtrisables en tant que tel.

Et d’ailleurs, les transes dans lesquelles entrent les guérisseurs aux Philippines sont réelles,
vraiment très réelles, c'est-à-dire qu’en sortant de la transe ils ont une perte de mémoire et
de conscience totale du temps qui s’est écoulé, et ils n’ont aucune idée de ce qui s’est passé
pendant ce temps là. Et c’est précisément en s’absentant pratiquement à eux-mêmes qu’ils
disent que l’énergie spirituelle peut prendre possession d’eux et tout d’un coup réaliser
quelque chose qui ressemble à des prodiges.

Maintenant, ce n’est pas nouveau. On retrouve des éléments de cette nature dans toutes les
traditions. Donc ce sont des réalités humaines, psychologiques, spirituelles qui existent de
tous temps, en tous lieux et eux l’ont particulièrement développé ou l’ont développé dans
cette direction là, pour un ensemble de raisons, mais on n’est pas en terrain inconnu.


VdP : Pour conclure, je vais m’adresser à l’anthropologue, quel paysage
paramédical vous pouvez imaginer pour la Suisse en vue de toutes ces
connaissances, de toutes ces diverses facultés qui peuplent finalement la terre ?

JDM : J’ai envie de dire que la Suisse est relativement avancée par rapport à ça, parce que
nous avons nos propres traditions de guérisseurs des campagnes qui ont bien balisé les
choses et que nous sommes conjointement assez ouverts sur les pratiques des autres. Nous
avons nos propres guérisseurs ici qui ont le « secret » pour couper les brûlures ou arrêter les
hémorragies à distance, et les hôpitaux font régulièrement appel à eux. Dans une logique où
le patient passe en premier, rien ne fait obstacle à ce qu’il y ait une bonne collaboration
entre le système de soins officiel et les approches paramédicales ou carrément de
guérisseurs plus ou moins folkloriques.

L’important à mon sens, c’est que l’on avance plus loin dans la compréhension des enjeux de
la guérison et de ce qui permet à quelqu’un de guérir quand il a un problème de santé. Et là,
je plaiderais pour une plus grande ouverture d’esprit de part et d’autre… Je suis quant à moi
vraiment à cheval entre deux mondes. J’ai beaucoup étudié l’univers de pratiques
alternatives de santé où l’on trouve souvent un discours très critique vis-à-vis de la médecine
et ses lacunes, ses parti-pris, ses compromissions économiques et éthiques. Mais je
fréquente aussi beaucoup de médecins qui sont parfois très réticents vis-à-vis de l’univers
des guérisseurs. Et moi qui vois ce que les deux mondes ont à apporter, je rêverais surtout
d’une bonne collaboration des deux, sans occulter ce qu’il y a de questionnable dans l’un et
l’autre.

Je crois que c’est en complétant une approche par une autre que l’on arrive à dessiner des
prises en charge de plus en plus globales, de plus en plus holistiques. Quand on observe ce
que font les gens, c’est bien ce qu’il se passe, ils se bricolent des itinéraires thérapeutiques à
base de fleurs de Bach, de Reiki, de massages métamorphiques, de médicaments
homéopathiques, de médecine tibétaine ou chinoise autant que d’interventions chirurgicales
et de médecine allopathique… Le patient est dans une logique utilitaire, tout ce qui peut lui
être utile est bien venu. Et ça, finalement, c’est une bonne logique !


VdP : Une logique qui pourrait faire baisser les primes d’assurance maladie aussi
au final ?

JDM : Alors ça c’est une autre question, c’est celle de la structuration du système
économique autour de la santé, mais il y a beaucoup d’acteurs qui n’ont aucun intérêt à ce
que baissent les coûts de la santé. Sans compter les paramètres démographiques et éthiques
non résolus ou en tout cas pas ouvertement…


VdP : C’était plus pour en arriver au coût de la guérison…(rires)

JDM : Eh bien le coût de la guérison, comment dire, je crois qu’il n’a pas de prix. Pour la
personne qui vit dans sa chair un processus de guérison, là où elle souffrait, ou encore pire,
là où la médecine ne prédisait qu’une mort ou une longue existence chroniquement malade,
elle n’a pas de prix. Maintenant, les guérisseurs ont des tarifs, ont des pratiques de
tarification… Aux Philippines c’est assez frappant, vous avez toute une partie d’entre eux qui
se sont faits un point d’honneur de ne jamais rien demander, notamment parce qu’il y a un
verset de l’Evangile où le Christ dit « ce que vous avez reçu librement donnez-le librement»,
et vous avez des guérisseurs, qui leur vie entière ont refusé de se faire payer et ont vécu
dans la misère et le dénuement tout en soignant des milliers de personnes, pour surtout ne
pas enfreindre cette prescription…

Et puis vous en avez d’autres, comme Alex Orbito, qui se sont dit qu’ils avaient vécu des
années de privation et de sacrifices et qu’à un moment donné, il était légitime que les gens
qui par ailleurs payent volontiers pour une séance de cinéma ou des vacances au soleil,
fassent aussi l’effort de contribuer à leur guérison. De nouveau, je crois que le bon sens
s’applique, et doit prévaloir… Ce que j’ai vu en tout cas, c’est aussi qu’un Alex Orbito ne
refuse jamais un traitement à qui que se soit pour des motifs financiers : si la personne a
moins elle donne moins et si elle a plus elle peut donner plus. Ce qui est très conforme en
fait à la façon de faire des Philippins et accessoirement c’est aussi le système que j’applique
moi-même, dans lequel je laisse chaque personne libre de se déterminer à l’intérieur d’une
certaine fourchette de prix en fonction de ses réalités matérielles. Ce n’est pas quelque
chose dont on a beaucoup l’habitude en Occident, mais je trouve que ça tient bien compte
de la différence de réalité d’une personne à l’autre et que ça évite de mettre qui que ce soi
dans une position difficile alors qu’il est en besoin de trouver du soutien ou de la guérison.

En Occident, un soin de la part d’Alex Orbito coûte le prix d’un massage ou d’une séance de
psychothérapie. Certes, comme la durée du soin est de quelques minutes, on peut
évidemment trouver cela cher. Mais il y a toute une organisation autour : les soins
individuels sont intégrés dans le déroulement d’une demi-journée, avec un lieu entièrement
réservé, une méditation collective, une présentation par Orbito de son travail, toute une
équipe qui aide, prépare et soutient les participants.

Il y a aussi la réalité philippine qui est qu’en-dehors d’un état social, la société reste
organisée de manière clanique. Un guérisseur comme Orbito pourvoit aux besoins d’une
famille élargie d’une soixantaine de personnes, payant par exemple de nombreux écolages.

La question financière doit être abordée dans la transparence, mais c’est vrai que c’est un
sujet dans lequel il est facile de glisser dans des jugements moraux qui ne sont pas
forcément en phase avec les différentes dimensions de la réalité concernée. En ce qui me
concerne, la qualité d’un soin que je reçois chez Alex Orbito vaut largement l’argent qu’il
coûte et je ne vois pas de motif à ressentir de la frustration à ce sujet. Mais les
psychanalystes vous le diront, les questions d’argent ont toutes sortes de sens !


© Jean-Dominique Michel 2008, reproduction autorisée avec mention de la source.

source : www.healingcoaching.ch



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